« Il faut de la transparence !», s’est-il écrié à Strasbourg, s’adressant aux personnels hospitaliers.
« Entre 1998 et 2008, la France, au travers des dépenses de l’assurance maladie au profit des
hôpitaux, a augmenté le budget de près de 50%. C’est 23 milliards d’euros de plus pour l’hôpital et
les cliniques sur les dix dernières années. 23 milliards de plus ! Quel est le budget de la nation qui
a augmenté de 50% ces dix dernières années ? »
Ce genre de question n’appelle évidemment pas de réponse. Dans l’assistance, il a donc fallu se
retenir de crier : « L’Elysée, l’Elysée ! ». Car l’augmentation des frais de réception du Palais et des
émoluments du Président est dans toutes les mémoires.
Beaucoup d’autres budgets ou masses financières relativisent d’ailleurs ce chiffre de 50% - et avec
lui l’effort de communication du Chef de l’Etat. Ainsi par exemple, le remboursement des
médicaments par la Sécurité sociale s’est accru beaucoup plus vite encore : 86% en dix ans.
Des moyens, l’hôpital français en a, certes. Mais sont-ils aussi exceptionnels que la question de
Nicolas Sarkozy le suggère ? Augmentent-ils trop vite ? Y aurait-il trop de lits, trop d’infirmières ?
On ne saurait faire la transparence avec un seul chiffre.
La dépense publique hospitalière a moins augmenté en France en dix ans que dans la plupart des
pays de l’OCDE. En fait, la police et l’hôpital évoluent de conserve. La dépense publique consacrée
à la sécurité et à l’ordre public s’est elle aussi accrue de 50% en dix ans, selon Eurostat. Et cela ne
fait pas de la France un pays de gabegie policière, loin s’en faut.
Quant à la dépense publique totale française, elle s’est accrue de 41% en dix ans. C’est moins que la
moyenne européenne, contrairement à une idée reçue aussi tenace qu’erronée.
Tout n’est certes pas une question de moyens, comme Nicolas Sarkozy aime à le répéter. Mais la
situation actuelle dans les hôpitaux appelle des efforts financiers difficilement contestables.
Cherche-t-on quelque argent dans ce but ? Rappelons un autre chiffre plus spectaculaire encore que
celui du Président. En dix ans, les bénéfices distribués des sociétés non financières ont été
multipliés par trois. Etait-il si urgent de leur octroyer des allégements fiscaux ? Mieux aurait valu,
sans aucun doute, donner plus aux hôpitaux - et moins à la bulle financière volatilisée dans le krach.